MONUSCO : Questions autour d’un retrait accéléré dans un contexte sécuritaire tendu

Voici les scénarios prévisibles d’un retrait précipité de la Monusco. Les déclarations du Chef de l’Etat Congolais Felix Antoine Tshisekedi Tshilombo à la 78eme Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies soutenant un retrait précipité et imminent des casques bleus ainsi que du personnel civil de la Mission de lOrganisation des Nations Unies pour la Stabilisation de la RDC (Monusco), a ouvert des débats dans différents milieux sociopolitiques du pays. D’un côté, les opposants du régime estiment que le chef de l’Etat doit avoir un agenda caché derrière cette décision parce qu’elle intervient dans un contexte très particulier et délicat d’organisation des élections dans les prescrits constitutionnels.

L’irreversibilite d’organisation de ces élections que le président de la République a soutenue lors du même discours rend les choses plus en plus compliquées. Certains trouvent en cette décision, une sorte d’incongruite spontanée dans la mesure où le gouvernement a massacré plus de 48 personnes parmi la population qui manifestait contre la Monusco, exigeant son départ de l’Est de la RDC le 30 Août 2023 dernier.

Aussi, semblerait-il qu’un plan ou dispositif d’un retrait progressif de la Monusco était déjà mis en place en accord entre les deux parties, c’est à dire le gouvernement Congolais et les autorités de la Monusco.

 

Selon certaines sources digne de foi, le processus de ce retrait progressif des casques bleus du territoire Congolais devrait commencer en 2023. Mais, malgré la situation sécuritaire à l’Estcjugee encore volatile, paradoxalement, le chef de l’Etat Felix Antoine Tshisekedi Tshilombo n’a pas utilisé la langue de bois quant à ce dossier et a déclaré qu’il serait impérieux que les forces de l’ONU dans la partie orientale du pays doivent se retirer, les jugeant à juste titre inopérantes. Après avoir démontré l’inefficacite de la présence des casques bleus dans la partie Est du pays, soutenant qu’ils ont toujours été inactifs face aux incursions militaires répétées des pays voisins, et par conséquent, il n’y a pas d’autres options que la fermeture dans l’immediat de cette mission. Ce retrait précipité soulève d’imquietude auprès de ceux qui ont une idée claire des réalités sur terrain.

 

Se référant à la thèse soutenue par l’ex gouverneur du Nord Kivu et ministre de l’Industrie Julien Paluku Kahongya en rapport avec la défense de son mémoire pour l’obtention du DEA à la faculté des sciences politiques et administratives de l’Universite de Kinshasa, il serait très dangereux d’exiger le retrait des troupes des casques bleus du territoire Congolais au moment où le gouvernement ne dispose pas encore des troupes qui puissent remplacer les casques bleus dans la protection du territoire national, meme si ces derniers n’etaient pas à la hauteur des tâches que le gouvernement Congolais voulaient qu’ils puissent remplir, c’est à dire celles de la protection et de la défense du territoire national. Une tâche qui incombe de manière régalienne à l’armee nationale. Vu l’etendu du pays et la proportion de la présence militaire pouvant assurer sa protection, le scientifique Julien Paluku Kahongya a démontré par sa défense que les frontières Congolaises restent fluides à toute incursion militaire à cause de l’insuffisance des soldats.

 

Pour la protection des personnes et de leurs biens, le ministre de l’industrie a démontré par rapport au ratio, qu’on a un policier pour 150 kms carrés si nous pouvons nous exprimer en terme de ratio. Si, pour la protection des personnes et de leurs bien, la police est butée à ce genre de difficultés, qu’en serait-il de l’armee dans ses tâches régaliennes de la protection et de la défense du territoire national? Même si la présence des casques bleus paraissait inefficace pour sécuriser le pays dans sa partie orientale, néanmoins elle avait un caractère dissuasif pour des forces étrangères.

Ceux qui soutiennent le départ précipité de la Monusco affirment que les casques bleus ont toujours assisté aux différentes incursions que l’Est du pays a connues. Du CNDP de Laurent Nkunda au M 23 de Kagame, les casques bleus ont été inactifs au point de laisser comprendre une odeur de complicité avec les agresseurs du pays.

Mais ceux qui soutiennent le maintien des casques bleus avancent des raisons quelque peu cohérentes. Ils soutiennent que parler du retrait des casques bleus du territoire Congolais dans le contexte actuel caractérisé par l’inefficacite des Forces Armées de la RDC dans la protection du territoire national avec la superficie de 2.345.000 km2 que dispose la pays, serait un acte irresponsable de la part des autorités congolaises. Lorsqu’on pousse les raisonnements un peu plus loin, l’on peut se faire une idée de ce que pourrait devenir l’Est du pays après le retrait précipité des casques bleus. Un véritable pandemonium.

A l’ere de l’organisation des élections, le gouvernement devait réfléchir deux fois avant d’evoquer la problématique du retrait précipité et immédiat de la Monusco. Car cette mission onusienne du maintien de la paix a montré ses capacités dans la puissance logistique lors des élections de 2006, 2011 et 2018.

 

La Monusco, avec ses avions et hélicoptères a aidé à faire parvenir des kits électoraux même aux endroits les plus reculés et les plus enclavés. Si la mission onusienne n’intervient pas dans les services des dispatching des matériels électoraux, il y a lieu de se faire une idée des scénarios que nous pourrions vivre. Les citoyens feront des distances des kilomètres à pieds pour aller voter. Et ceux qui n’auront pas de force pour le faire, ne pourront pas participer à ce scrutin voulu inclusif par tout le monde. Ce qui amènerait le monde à parler de la faible participation des électeurs aux urnes.

Autres faits inévitable seraient la recrudescence et l’intensification des activités criminelles à grande échelle, parce que nous sommes arrivés aux endroits où il n’y a aucun bureau des FARDC ni celui de la PNC. Là, ce sont les hommes armés qui font la loi et font payer des taxes de vie aux paisibles citoyens et citoyennes sans moyen de défense.

 

Aussi, les conséquences économiques liées à la probabilité d’un retrait précipité des casques bleus qui entraînerait également la fermeture de la mission du maintien de la paix en RDC, semblent demeurer tetues devant nous. Avec des milliers des Congolais qui iront au chômage et probablement sans indemnités de sortie comme cela a souvent été le cas en RDC en matière de la législation du travail qui n’a jamais ete respectee par des employeurs.

 

Pour terminer, le retrait des troupes des nations unies du territoire Congolais doit être repenser et étudier et placer des garde fous devant garantir et assurer la sécurité des populations meurtries de l’Est du pays. Sinon, il nous paraît imprévisible ce que nous pourrions vivre comme scénarios en cas d’un retrait dans le contexte actuel, bien que le gouvernement détient des preuves cuisantes de l’echec de la mission onusienne d’apporter au pays la paix rêvée et désirée.

 

Nenette Fwamba