Alain Bolondjwa : « Si nous, congolais, ne sommes pas capables de combattre la trahison et la corruption, il nous sera difficile de gagner la guerre contre le M23 »

Dans un entretien accordé à notre rédaction le dimanche 10 juillet 2022, le Président national du parti politique LE-BAT (Levons-nous et Bâtissons), Alain Bolondjwa, s’est prononcé sur certains sujets d’actualité de la République Démocratique du Congo.

Cet acteur politique, spécialiste des questions de développement, a notamment évoqué les derniers hommages rendus au héros national, l’ancien Premier Ministre congolais assassiné en 1961, Patrice-Emery Lumumba, ainsi que la situation sécuritaire qui prévaut dans la partie orientale de la RDC.

 

*En marge de la commémoration de 62 ans de l’indépendance de la RDC, la relique du Premier Ministre Patrice-Emery Lumumba a été rapatriée et inhumée à la place de l’échangeur de Limete, à Kinshasa, clôturant as ainsi un deuil de plus de 60 ans.*

*Que doivent faire les congolais pour honorer la mémoire et le combat de Lumumba ?*

 

*Alain Bolondjwa :*

Sur cette question, il y a deux approches : La première, c’est celle développée par la famille biologique de Lumumba et la deuxième est celle développée par sa famille idéologique.

En effet, pour la famille biologique, il suffit seulement d’enterrer une dent pour que l’histoire soit enterrée. Alors que, nous, qui soutenons les idées de Lumumba, nous nous rendons compte que la bataille est encore rude. Le combat doit continuer, parce que, en tant que fils idéologique de Lumumba, nous avons besoin de savoir quelles sont les circonstances de son assassinat, qui étaient à la base, qui ont participé dans cet assassinat et où se trouve le reste du corps, parce que la dent ne peut pas symboliser quelqu’un. La dent n’est qu’une infime partie du corps humain.

(…) Ce n’est pas la dent que nous voulons. C’est la mémoire de Lumumba. Il faut qu’il y ait procès, que les gens soient sanctionnés, arrêtés. En ce moment-là, on saura que nous avons rendu justice à Lumumba, lui qui s’est sacrifié pour nous. Mais nous sommes incapables de défendre sa mémoire, de défendre son combat.

 

*62 ans après, que faire pour qu’enfin les congolais réalisent leur rêve de « bâtir un pays plus beau qu’avant », comme repris dans l’hymne national de la RDC « Debout Congolais ! » ?*

 

*Alain Bolondjwa*:

Bâtir un pays plus beau qu’avant dans la paix, dans la dignité, dans le respect des diversités positives dans l’unité. Dès lors qu’il n’y a pas unité, on ne peut pas atteindre cet objectif.

Dès lors qu’il n’y a pas la volonté de vivre en paix, on ne pourra pas atteindre cet objectif, parce que Patrice-Emery Lumumba l’a dit : « Notre combat n’est pas seulement d’avoir la démocratie, la paix mais aussi donner le pain ». C’est-à-dire que nous devons mettre les congolais en position d’opérer leur croissance économique individuelle. On doit arriver à travailler les congolais pour que nous ayions effectivement cette stature parfaite telle que le voulaient les pères de l’indépendance.

Malheureusement, ce n’est pas le cas. A l’époque de Lumumba, je dirais, tous ses contemporains, dans la plupart de cas, n’avaient pas l’intention de détourner les fonds publics. Mais ce n’est pas le cas aujourd’hui.

A l’époque de Lumumba, on n’a pas vu les gens laissés beaucoup d’héritages. Mais aujourd’hui, nous voyons de gens se comporter en colons, qui s’enrichissent de manière insolente, qui n’arrivent même pas à booster l’économie et faire en sorte que l’administration publique puisse fonctionner normalement.

Ce qui veut dire que, chaque jour qui passe, chaque fois qu’il y a détournement, chaque fois qu’il y a des congolais qui meurent, chaque fois qu’il y a l’interventionnisme de l’étranger dans notre gouvernance, il faut considérer que nous sommes en train de tuer Lumumba.

 

*Et concrètement, selon vous, qu’el est le secret de l’émergence de la RDC ?*

 

*Alain Bolondjwa*:

Donc, je pense qu’il faut refonder l’État sur des nouvelles bases. Il faut que nous ayons tous une idéologie basée sur le développement, que nous ayons une même pensée, une même vision sur ce que nous voulons être demain. Et dès lors que nous n’atteindrons pas cet objectif, il nous sera difficile de faire émerger notre pays.

62 ans après, plus de 80 % de la population vit en deçà du seuil de pauvreté. Nous sommes incapables de booster l’économie et de faire en sorte que le pays puisse connaître son envol, son essor, alors que nous avons un fort potentiel.

Lumumba a été tué, aujourd’hui nous continuons à le tuer et fort malheureusement, personne n’agit dans le sens contraire.

 

*Que faire en dehors des manifestations, des accusations contre le Rwanda et les récriminations contre les Nations Unies (la Monusco), accusées d’inefficacité, pour rétablir la paix à l’Est de la RDC ?*

 

*Alain Bolondjwa*:

Je crois que la priorité pour nous, c’est d’abord combattre la trahison, parce que ceux qui viennent chez nous, et que nous pourrons appeler les Infiltrés, ils profitent de la naïveté de ceux qui sont appelés à des bonnes décisions.

Si nous ne sommes pas à mesure, nous congolais, de combattre la trahison, combattre la corruption, il nous sera difficile de gagner cette guerre.

Le M23 n’existait plus et s’il existe aujourd’hui, c’est justement parce qu’il y a eu des décisions qui ont été prises à un certain niveau, qui n’ont pas permis à ce que le pays puisse recouvrer la paix.

A titre de rappel, les membres du M23 ont déclaré clairement qu’ils étaient déjà ici à Kinshasa et qu’ils ont eu à collaborer avec les institutions en place. Et que c’est à cause du non-respect de leurs accords qu’ils ont commencé à tuer. Ce qui veut dire qu’il y a eu complicité au niveau institutionnel.

Il faut d’abord que nous sanctionnions tous ceux qui ont contribué à cette complicité. Deuxièmement, il faut effectivement réarmer notre population par la sensibilisation ; il faut que la population prenne à bras le corps la question, parce que l’avenir de toute notre nation en dépend.

Nous devons aussi arriver à sensibiliser notre armée, nos vaillants militaires qui ont fait leur preuve mais qui sont chaque fois trahis par les institutions. Nous devons arriver effectivement à les réarmer mentalement et en leur dotant aussi des équipements nécessaires. Il faut faire en sorte que tous les pays voisins sachent que nous ne cédéroms jamais, nous n’allons jamais abdiquer de notre responsabilité de défendre notre intégrité territoriale

Parce que ce n’est pas seulement un droit mais un devoir sacré.

 

Grosso modo, la priorité aujourd’hui pour la République, c’est de combattre les traîtres, c’est de les mettre hors d’état de nuire et de permettre à ce que nous arrivions effectivement à nous imposer sur l’échiquier africain.

 

*Propos recueillis par JR MOKOLO*