Lors d’un Colloque à l’UNILU, Prof Jacques DJOLI : « L’Etat de droit ne se créé pas par les textes, il faut une éducation, une intériorisation mythologique »

L’Université de Lubumbashi a organisé du 04 au 05 avril 2022 au Chef-lieu de la province du Haut-Katanga, un grand colloque sur le droit constitutionnel congolais.

Des assises qui ont réuni d’éminents professeurs de droit de Kinshasa et de Lubumbashi, parmi lesquels le Professeur Jacques Djoli Eseng’Ekeli, qui n’est plus à présenter dans le monde scientifique et juridique congolais.

Comment et pourquoi, sept ans après son installation, la Cour Constitutionnelle congolaise, dans sa production jurisprudentielle, n’a pas pu répondre à notre foi proclamée et consacrée « de bâtir au cœur de l’Afrique un Etat de droit et une nation puissante et prospère, fondée sur une véritable démocratie ? », telle était la question centrale de la réflexion faite lors de ce colloque par le Professeur Jacques Djoli, qui a pris la parole dans un panel avec les professeurs André Mbata, Banza Malale, Jean-Louis Essambo et Ntumba Bwatshia.

« Le caractère balbutiant, voire déroutant, flou ou contradictoire, avec des revirements, de cette production de la Cour Constitutionnelle a pour cause le déficit d’intériorisation, dans la conscience des juges, de la culture constitutionnelle », a notamment indiqué le professeur de droit constitutionnel, Jacques Djoli, dans son intervention.

Et de renchérir :
« Le droit constitutionnel congolais ne trouve des fondations et fondements que dans l’écho par des fictions et mythologies archaïques aptes à asseoir sa puissance.
L’Etat de droit n’est pas un tas de textes mais un état d’esprit, un projet qui s’ancre dans la profondeur psychologique des consciences. Et le juge s’affirmera comme l’oracle et le censeur de cette utopie indépassable à atteindre (…). Il faut donc inventer, générer cet homo juridicus charriant cette intelligence juridique et développant ce réflexe constitutionnel », a-t-il ajouté.

Grosso modo, pour le Professeur Djoli, « L’Etat de droit, comme son versant politique, l’Etat démocratique, ne se crée par les textes, il faut une éducation, une intériorisation mythologique. Car, un droit qui ne parle pas au cœur mais qui est phagocyté par un système politique manducatrique et recroquevillé sur la consanguinité, est un droit mortifère avec une jurisprudence inutile et rachitique.
Il faut donc œuvrer pour renverser le paradigme matriciel par un travail sur la dimension invisible, sur l’axe anthropocentrique », a-t-il martelé.

Et le Constitutionnelle Jacques a conclu sa réflexion sur le Constitutionalisme congolais, en faisant sienne la prise de position du Professeur D.Rousseau qui affirmait que « la justice constitutionnelle n’existe pas, seul existe le juge constitutionnel »

Après avoir entendu tous ces « monstres sacrés » du droit constitutionnel, tous les participants, réunis dans l’amphithéâtre Mgr Tshibangu de l’UNILU, ont, comme un seul homme, exprimé leur gratitude au Recteur et à tout le corps académique de cet Alma mater pour avoir pris l’initiative d’organiser cette grande rencontre scientifique.

Liant l’utile à l’agréable, le Professeur Jacques Djoli, a en marge de cette conférence, planté un arbre de souvenir sur le site universitaire de l’UNILU avant d’aller visiter la Faculté de polytechnique ainsi que l’Universite Nouveaux Horizons de Lubumbashi.

JR MOKOLO